Les frères Guillaume et Sébastien Bergeron d’Hébertville sont deux entrepreneurs qui ne sont pas peu fiers de la microbrasserie qu’ils ont créée il y a quelques années. Et pour bien comprendre l’esprit de l’entreprise il faut faire un détour dans leurs souvenirs d’enfance. Quand ils étaient petits, très petits, un des grands bonheurs des frères Bergeron c’était les visites chez leurs arrière-grands-parents.

Là, dans cette maison de bois typique de l’époque, il y avait une garantie d’y être gâtés et surtout de se faire bercer et bercer encore. Alors quand est venu le temps d’aménager leur microbrasserie en 2021, ils ont pensé qu’ils pouvaient récupérer cette maison ancestrale. Pour ce faire ils devaient la déménager sur l’emplacement de la future microbrasserie. Alors une bonne journée, ils se rendent sur place pour voir la faisabilité du projet. La maison n’est plus habitée depuis quelque temps et a été vidée d’à peu près tous ses meubles. Mais, au beau milieu de la place, trône la plus belle relique de leur bonheur d’enfance, la chaise berçante. Leur microbrasserie s’appellera la Bercée.

« C’est aussi un clin d’œil à Héberville qui est le berceau du Lac-Saint-Jean », nous dit Sébastien Bergeron.

Il a bien raison, c’est la première ville fondée ici au Lac. Ce que l’on comprend ici c’est que tout de la Bercée est empreint du territoire et des richesses du milieu.

« On a réussi, raconte Sébastien Bergeron, à transporter la vieille maison que l’on a liée à un autre bâtiment existant, l’ancien kiosque touristique qu’il y avait près du village. On a déconstruit le deuxième étage de la maison de nos arrière-grands-parents, mais on a récupéré les poutres et tout le bois et on a intégré ça au nouvel aménagement. Certaines pièces de bois ont servi à faire des tables entre autres. Ça été un vrai travail de famille. Tout le monde a mis la main à la pâte. Des grands-oncles, des grands-tantes, ma mère, et mon père qui a été le maître d’œuvre du projet. D’ailleurs, à l’origine l’idée vient de lui de donner une deuxième vie à cette maison. »

Des valeurs d’écoresponsabilité présentes partout

Le ton était donné. C’est que d’emblée les frères Bergeron voulaient que leur commerce soit en accord avec les valeurs du développement durable. Des valeurs héritées de leurs propres parents, affirme fièrement Sébastien Bergeron.

« Pour nous, ça allait de soi d’adopter des pratiques d’affaires écoresponsables », poursuit Sébastien. On a toujours été sensible à la cause environnementale. Donc c’était sûr qu’on allait faire mettre des mesures concrètes pour être en accord avec ça. »

Autre exemple : récemment, une grande terrasse a été ajoutée, prolongeant ainsi le bistro et, encore une fois, la récupération y est à l’honneur.

« Oui, on a utilisé des matériaux récupérés d’un vieil entrepôt que mon père a défait. Il n’y a que le toit qui soit fait avec du neuf. On voulait que cette terrasse réponde à un besoin du milieu pour des spectacles, d’autres événements culturels ou même corporatifs », explique Sébastien.

Au menu : du local et du durable

À la Bercée on y sert à boire et à manger. Alors tout a été mis en œuvre pour maximiser l’approvisionnement régional autant pour la brasserie que pour le bistro.

« On a la chance d’avoir ici de belles entreprises comme les fermes Tournement et Olofée qui nous fournissent du sarrasin et de l’avoine d’excellente qualité, se réjouit Sébastien Bergeron. En plus, comme on est ambassadeurs des Saveurs de la Zone boréale, ça se voit dans notre cuisine, on met les produits locaux et régionaux à l’honneur et on espère que ça aura un impact sur notre clientèle. »

Pour ce qui est du houblon, ingrédient essentiel s’il en est un, les propriétaires de la microbrasserie ont entrepris d’en cultiver eux-mêmes. Ils devraient pouvoir en récolter d’ici deux ans. En plus, la Bercée a son propre potager principalement pour les fines herbes et les tomates qu’ils utilisent en abondance dans leurs pizzas. Un potager arrosé le plus possible à l’eau de pluie récupérée.

Faut-il le préciser ? Le compostage et le recyclage sont des gestes incontournables et la vaisselle de plastique et autres contenants non récupérables sont proscrits dans l’entreprise. Même les petits « cup » de lait ! Toujours au chapitre de la gestion des matières résiduelles, une partie de la drêche (résidus de céréales) est acheminée vers la Boulangerie Farine à Alma et est incorporée dans les mélanges de fabrication de la pâte qui finit entre autres en pizzas à la microbrasserie. Le reste est envoyé chez un agriculteur comme supplément dans l’alimentation du bétail. On comprendra que l’économie circulaire est aussi au cœur des actions de la Bercée.

Dès le départ, les propriétaires de la Bercée ont mis en place des moyens pour un usage des ressources à la fois raisonné et le moins énergivore possible.

« Tout est à l’électricité, précise Sébastien. Et on contrôle nos pointes énergétiques. C’est-à-dire qu’on réduit notre consommation en fonction de la demande au réseau d’Hydro-Québec. »

En plus de tout cela, à l’extérieur quatre bornes de recharge sont à la disposition de la clientèle pour les véhicules électriques.

De plus, ils ont réussi à créer des boucles énergétiques. En clair, l’eau de refroidissement utilisée abondamment dans le processus de brassage ainsi que la chaleur sont récupérées et réacheminées vers d’autres usages une fois le premier travail terminé.

Les valeurs sociales

Sébastien et Guillaume Bergeron sont de ces entrepreneurs pleinement conscients que le bien-être des employés fait partie intégrante de pratiques écoresponsables d’une entreprise.

« Chez nous, précise Sébastien, il n’y a aucune discrimination pour quelque poste de travail que ce soit en fonction du sexe, de l’âge ou de l’appartenance à une communauté culturelle. Et on a mis en place, dès l’embauche des premiers employés, une politique d’équité salariale. »

Chaque employé qui en est à son premier emploi est accompagné et pas uniquement pour l’apprentissage de leurs tâches. On leur apprend aussi à lire leur talon de paie et les forme aux valeurs de l’entreprise.

« On est une petite organisation, il n’y a pas de structure lourde mais on organise des 5 à 7 de temps en temps et on s’assure que chaque employé se sente bien chez nous ».

D’autres initiatives inspirantes à venir

Actuellement, les Bergeron sont à compléter l’élaboration de leur plan d’action en développement durable.

« On avait besoin de préciser tout cela et surtout d’avoir de bons indicateurs de performance. Notre plan est sur 3 ans et on veut encore s’améliorer, le travail n’est pas terminé. »

Mentionnons entre autres projets :

  • Augmenter l’usage de la chaleur excédentaire générée par les activités de brassage ;
  • Grossir le potager et l’arroser à 100 % avec l’eau de pluie ;
  • Réduire encore d’au moins 10 % leur consommation d’électricité durant les périodes de pointe ;
  • Compenser les émissions de GES de l’entreprise.

Une dernière tâche à laquelle Sébastien voudrait qu’ils portent plus d’attention, c’est la communication de tout leur travail en développement durable.

« Moi dans mes rencontres dans le réseau de l’Association touristique régionale (ATR) ou à la Corporation de développement économique d’Héberville, j’aime les échanges. Ça nous donne des idées, ça nous inspire pour faire encore mieux. Alors je me dis qu’on pourrait probablement, nous aussi, être des exemples. Et pour cela faut faire savoir ce qu’on fait. »

Pas surprenant que les frères Bergeron soient signataires de la Déclaration 2025 des dirigeantes et des dirigeants d’entreprises du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour la transition vers l’écoresponsabilité.  Partager ses actions, c’est une façon d’avoir encore plus d’impact en inspirant les autres à suivre le mouvement.

***

Par Errol Duchaine, conseiller en communication, CQDD