Le fjord du Saguenay compte parmi les paysages les plus spectaculaires du Québec. Derrière cette beauté majestueuse se trouve un écosystème d’une richesse exceptionnelle, façonné par les grandes marées et habité par une faune et une flore remarquables. On comprend alors que les entreprises qui y proposent des activités touristiques ont la responsabilité, voire l’obligation, de préserver cet héritage naturel et de limiter autant que possible leur impact sur le milieu.

La Coopérative de solidarité Voile Mercator l’a bien compris, comme l’explique Anna Morineau, instructrice et membre du comité de transition durable de la coopérative :

« Bien sûr qu’on est conscient de cette fragilité et on sait qu’en tant qu’opérateur sur le fjord on doit y porter une attention particulière. Ce que ça veut dire, c’est que concrètement chaque activité est pensée à partir de cette réalité, c’est-à-dire naviguer dans un milieu vivant et sensible. »

Une approche écoresponsable ancrée dans la pratique

Ça fait déjà 40 ans que Voile Mercator offre des cours de voile autant pour les débutants que pour les expérimentés. Elle jouit d’une excellente réputation pour ces expériences immersives sur le grand fjord. Et mieux encore, au cours des dernières années, la multiplication de ses pratiques en développement durable lui a permis d’obtenir une accréditation en tourisme écoresponsable de la part d’Aventure Écotourisme Québec. Une corde de plus à son arc !

Une des pierres angulaires de cette approche écoresponsable est l’application rigoureuse du principe du « sans trace », qui vise à ne laisser aucune marque du passage humain sur le territoire visité. Ce principe, simple en apparence, devient un véritable cadre de référence pour toutes les pratiques de la coopérative.

« Même un cœur de pomme, souligne Anna Morineau, ce n’est pas naturel dans le fjord… si on le fait tous, ça va se ramasser dans notre cours d’eau. On demande aussi aux participants de ne pas apporter de bouteille à usage unique sur le bateau. Une fois vide, elle pourrait être emportée par le vent et se ramasser à l’eau. On a une préoccupation particulière pour les bélugas, ces extraordinaires mammifères marins. C’est notre devoir de garder nos distances avec eux. »

Apprendre à vivre autrement en mer

À bord des voiliers, cette vision se traduit concrètement au quotidien. On le sait, sur ces embarcations l’espace est limité. Ça oblige donc à revoir ses habitudes.

« On vit dans une sobriété énergétique, l’eau est limitée, l’électricité est limitée », explique Anna Morineau. Dans les stages de longue durée, on vise le plus d’autonomie possible et ça nous permet de sensibiliser nos stagiaires, qui apprennent à partager les ressources, à consommer moins et à réfléchir à chaque geste. »

On comprendra que la gestion des matières résiduelles constitue un enjeu de taille sur ces embarcations. Pour y arriver, Voile Mercator a mis en place une approche structurée et adaptée à la navigation.

« On a délimité une carte des marinas où on peut jeter nos déchets et faire du tri le plus responsable possible, précise l’instructrice. On fait la même chose pour le compostage parce qu’évidemment on ne jette rien à l’eau, absolument rien. »

Si on s’assure de se débarrasser des matières compostables en cours de route, c’est également pour des questions d’hygiène et d’odeur. Il serait triste que ce soient ces matières qui provoquent le mal de mer aux passagers.

L’attention portée à l’environnement ne s’arrête pas là. Les produits de nettoyage font l’objet d’une grande attention. Entre autres, on utilise du savon noir, un produit naturel et biodégradable, pour le nettoyage des bateaux.

« J’ai même trouvé un super approvisionneur Abieze qui fait du savon noir à base de caméline, se réjouit Anna Morineau. Ça remplace le savon de Marseille qui a les mêmes propriétés mais qui vient de loin. »

Dans ces efforts de réduction de polluants, il y a aussi une volonté affirmée de limiter les sources de perturbateurs endocriniens, qui ont des effets néfastes chez l’humain, mais également sur la faune et la flore s’ils se retrouvent en milieu marin. Alors, les demandes de Voile Mercator auprès de leurs participants s’étendent aux autres produits nettoyants et même aux crèmes solaires, bref et à tout ce qui peut entrer en contact avec l’eau. Pour les crèmes solaires, rassurez-vous, on ne laisse personne brûler. Les crèmes solaires au zinc font encore mieux le travail, sans polluer.

Sensibiliser et transformer les pratiques

Dans tout ce que propose Voile Mercator, la dimension éducative n’est jamais bien loin. Chaque sortie en mer est, pour la coopérative, une occasion d’apprentissage et de sensibilisation.

« Si on apprend à nos stagiaires l’importance de garder nos distances avec le béluga, tout comme celle de réduire l’usage des polluants et tout le reste c’est qu’on veut que cette immersion soit pour eux un révélateur, une prise de conscience. Je crois fermement que mieux connaître, c’est protéger. Au final, on souhaite qu’ils repartent avec une compréhension plus fine des enjeux environnementaux et, idéalement, l’envie de changer certaines habitudes dans leur quotidien », résume-t-elle.

L’ensemble des pratiques écoresponsables de Voile Mercator intègre également une dimension sociale importante. La coopérative cherche à rendre la voile accessible au plus grand nombre et à créer des ponts entre différentes communautés. Anna Morineau évoque notamment une initiative qui lui tient à cœur et qui vise à :

« initier des femmes autochtones à la voile … pour former la toute première équipe féminine autochtone qui pourrait participer à la Coupe Femina » (NDLR :  une course de voile féminine qui aura lieu à Lévis en juillet).

Toujours dans cet esprit de rendre accessibles ces expériences immersives, un autre projet est dans les cartons de Voile Mercator. On veut amener sur l’eau, pendant plusieurs jours, de jeunes adolescents pour qu’ils vivent une réelle expérience de contact avec la nature et de déconnexion avec leurs appareils numériques.

Enfin, l’expérience de Voile Mercator dépasse largement le cadre de la navigation et s’inscrit dans une réflexion plus large sur notre rapport à la nature, comme aime le rappeler Anna Morineau :

« Quelle est notre relation à la nature et qu’est-ce qu’on doit faire si on veut la préserver ? »

À travers ses pratiques, la coopérative invite non seulement les participants, mais aussi les entreprises et les acteurs du tourisme, à repenser leurs modèles. L’objectif n’est pas d’être parfait du jour au lendemain, mais d’amorcer un changement, geste par geste, décision par décision.

***

Par Errol Duchaine, conseiller en communication au CQDD