L’Association touristique régionale (ATR) du Saguenay–Lac-Saint-Jean franchit une étape déterminante en plaçant le développement durable au cœur même de ses mécanismes de financement. Par l’entremise du programme EPRTNT (Entente de partenariat régional et de transformation numérique en tourisme), l’organisation ne se limite plus à encourager les bonnes pratiques : elle les valorise désormais de manière concrète et mesurable.
Une volonté claire d’accélérer la transition
Alors que le développement durable et les pratiques d’affaires écoresponsables deviennent de plus en plus des incontournables pour les entreprises touristiques, l’ATR du Saguenay–Lac-Saint-Jean a fait le choix d’aller au-delà des attentes minimales dans ses pratiques des financements aux entreprises, comme le souligne David Rowsome, conseiller au développement de produits :
« Même au sein de notre organisation, ça fait longtemps qu’on en parle et en novembre dernier, on a décidé que le développement durable serait au cœur de nos analyses pour l’attribution de subventions. »
Cette décision se traduit par la mise en place d’un levier financier puissant, conçu pour accélérer l’adoption de pratiques d’affaires écoresponsables dans l’industrie touristique régionale. L’élément central de cette approche : une bonification pouvant atteindre 25 % du soutien financier accordé aux entreprises qui démontrent un engagement réel en matière de développement durable.
L’impact est loin d’être anodin. Un projet touristique admissible peut ainsi voir son aide passer de 75 000 $ à près de 99 000 $.
« La direction voulait que ce soit significatif, que l’incitatif soit fort », précise David Rowsome.
Dans un contexte où plusieurs programmes gouvernementaux encouragent l’adoption de pratiques écoresponsables, peu d’organisations sectorielles, particulièrement dans le domaine touristique, ont intégré des incitatifs aussi structurants. Si de nombreux organismes de développement économique et grands bailleurs de fonds amorcent un virage vers le financement durable, il demeure rare de voir une association régionale spécialisée appliquer des modalités financières ambitieuses.
Ici, il ne s’agit pas d’une obligation, rien ne contraignait l’ATR du Saguenay–Lac-Saint-Jean à prendre un tel virage. Il s’agit bel et bien d’un choix stratégique. Dans les faits, cette ATR a su tirer parti de la flexibilité du programme EPRTNT, déployé dans toutes les régions du Québec, pour l’adapter à ses priorités régionales et en faire un véritable outil de transition vers une industrie touristique plus verte et responsable.
Pour qui… et comment ?
Comment une entreprise peut-elle accéder à cette bonification ? La réponse est simple, explique Nathalie Harvey, conseillère en tourisme durable :
« Les entreprises doivent simplement présenter un plan d’action ou une politique en développement durable, et démontrer sa mise en œuvre avec des preuves concrètes : photos, plans, factures ou autres documents. » Elle ajoute : « La région progresse dans ce sens. Plusieurs entreprises s’y intéressent sérieusement. Bien sûr, elles ne sont pas toutes au même niveau, mais notre rôle n’est pas de décourager, au contraire, nous sommes là pour informer, accompagner et faire progresser l’ensemble du secteur. »
Cet accompagnement se traduit par une approche personnalisée. L’ATR soutient les entrepreneurs dans leur autodiagnostic, les oriente vers des outils, comme l’Activateur du CQDD, et les guide dans la mise en œuvre de leurs actions. L’objectif est clair : intégrer le développement durable dans toutes les dimensions de l’entreprise, des opérations à l’expérience client, en passant par la gestion des ressources et la gouvernance.
Des actions concrètes observées sur le terrain
Dans le cadre de ses interventions et de ses programmes, Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean prend en compte les efforts déployés par les entreprises touristiques en matière de pratiques responsables. Celles-ci peuvent prendre différentes formes selon le contexte, la réalité opérationnelle et l’expérience proposée.
Parmi les actions observées sur le territoire, on retrouve notamment :
Environnement
- Valorisation de ressources locales, incluant certains résidus, lorsque pertinent
- Choix d’implantation ou de conception visant à limiter les impacts sur les milieux naturels
- Réduction à la source et meilleure gestion des matières résiduelles
- Initiatives de réduction de l’empreinte environnementale, incluant certaines approches de compensation
- Utilisation de matériaux locaux ou durables lorsque possible
Social
- Mise en valeur des ressources locales et sensibilisation des visiteurs au territoire
- Initiatives favorisant des retombées positives pour les communautés d’accueil
- Aménagements ou projets contribuant à un lien plus étroit entre visiteurs, milieu et culture locale
Gouvernance
- Intégration progressive de principes d’économie circulaire
- Mise en place de démarches structurées ou en évolution (plans d’action, suivis, amélioration continue)
- Volonté de transparence dans la communication des engagements
Ces exemples ne constituent pas une liste exhaustive ni un cadre normatif, mais illustrent la diversité des approches actuellement déployées dans la région. Comme le rappelle Nathalie Harvey,
« le développement durable, ce n’est pas seulement une question de valeurs, c’est aussi un levier financier et un outil de gestion du risque. »
Une réponse aux attentes du marché et du territoire
Cette orientation répond également à l’évolution des attentes des visiteurs en matière d’écoresponsabilité.
« Les clientèles recherchent de plus en plus des expériences sur des sites sensibles au développement durable. Nous sommes tous conscients de l’impact de certaines pratiques sur le territoire, et nous voulons le protéger », souligne David Rowsome.
Mais au-delà de l’expérience touristique, l’ATR vise, par ses nouvelles pratiques de financement durable, à générer des retombées durables pour l’ensemble de la région. Dans une perspective de tourisme régénératif, protéger les paysages, soutenir les communautés et renforcer l’économie locale deviennent des priorités indissociables.
« Je suis convaincue qu’il existe déjà une conscience collective en développement durable dans notre secteur, je le vois dans les contacts que j’ai avec les entreprises qui se tournent vers nous », affirme Nathalie Harvey.
Avec cette approche, l’ATR du Saguenay–Lac-Saint-Jean ne se contente pas de structurer l’offre touristique, elle agit comme un véritable catalyseur de changement pour une industrie touristique plus écoresponsable. En faisant du financement durable un levier central, elle contribue à accélérer une transition durable déjà amorcée, et à ancrer durablement de nouvelles pratiques dans l’écosystème régional.
Pour les entreprises, l’enjeu est double : elles sont invitées à participer plus activement à la transition durable et à en tirer des bénéfices avec des opportunités de financement beaucoup plus avantageuses. Bref, si vous êtes une entreprise touristique de la région, n’attendez pas plus pour prendre le virage vers la durabilité.
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Par Errol Duchaine, conseiller en communication au CQDD