À la mi-janvier 2026, le quartier Riverbend à Alma servira de décor naturel pour le prochain film du réalisateur Jimmy Larouche, L’Étrange Noël d’un tout croche. Riverbend offrira un décor des plus inspirants avec ses maisons néo-Tudor, ses grands arbres et ses rues étroites et sinueuses pleines de charmes. Cela dit, ce tournage revêt un caractère particulier et témoigne d’une tendance des plus répandues dans l’industrie télévisuelle, les tournages écoresponsables.
« L’industrie du cinéma et de la télévision laisse une empreinte environnementale assez lourde, nous fait remarquer avec justesse, Véronique Vigneault, la productrice de ce film. Quand on pense aux décors, aux costumes que l’on jette après usage, en plus de toutes les ressources en énergie utilisées sur un plateau, c’est énorme. Et ajoutez à cela les collations et les repas. Beaucoup de déchets. »
C’est le constat désolant qu’elle a fait lorsqu’elle est arrivée dans ce milieu qui, pour elle, était une deuxième carrière. D’emblée, Véronique Vigneault a voulu faire les choses autrement.
Mais elle n’est pas la seule à penser et à agir ainsi. Au tournant de 2020, on sent dans ce milieu que de plus en plus de gens sont sensibles à ce gaspillage et veulent revoir leurs pratiques. C’est ainsi qu’est né en 2021 le programme On tourne vert créé en collaboration par le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ), le Conseil québécois des événements écoresponsables (CQEER) et Québecor.
On tourne vert est particulièrement riche d’Informations et de formations. On y fournit :
- Des guides de bonnes pratiques pour tous les aspects d’un tournage écoresponsables comprenant l’animation et les effets visuels ;
- Un guide spécifique aux tournages en milieu naturel ;
- Des répertoires de fournisseurs ayant des pratiques durables ;
- De la formation et des accréditations pour les productions qui appliquent cesdites pratiques.
« On travaille vraiment en concertation avec l’ensemble des parties prenantes de l’industrie audiovisuelle, nous explique Marine Kockmann, chargée de projet. On tourne vert. Donc on travaille avec les syndicats, des associations, des producteurs, des diffuseurs, des bailleurs de fonds, et même des écoles. »
L’intérêt pour ce programme est manifeste. À ce jour, 220 productions télévisuelles ont été accréditées et plusieurs dizaines de gestionnaires de productions ont suivi le parcours de formation de 8 semaines.
Allons sur le terrain
Voici à quoi cela peut ressembler en pratique, comme nous l’explique Véronique Vigneault.
« À chaque tournage j’essaie de m’améliorer, là j’aimerais qu’on soit parfait. En fait, on ne le sera jamais, mais le plus possible. Juste pour le transport, comme il y a des gens qui viendront de l’extérieur, on organise du covoiturage et on va tout faire pour que le plus de véhicules hybrides et même électriques soient utilisés. Pour les déplacements d’un lieu de tournage à un autre, tout le monde sera déplacé en minibus. »
Véronique Vigneault porte une attention particulière pour tous ses tournages à réduire les déchets et les achats.
« Moi, je n’achète plus de costumes, je les loue, sinon on va dans les friperies. Puis on prête ou on les donne à d’autres. Même s’ils ont été piétinés ou transformés ils pourraient resservir dans une autre production. »
Même chose pour les décors. Elle souligne à quel point il est important de choisir le bon lieu de tournage, dans cette perspective de durabilité. Pourquoi créer un décor quand il en existe un vrai.
C’est exactement ce qui se passe pour L’Étrange Noël d’un tout croche.
« La maison qu’on loue pour ce tournage, eh bien les gens décorent beaucoup, donc on va utiliser les leurs. C’est parfait. Pas besoin d’en acheter ni de les installer. En plus, on a approché les gens du quartier pour leur dire : pouvez-vous laisser vos lumières de Noël en place pour notre tournage ? »
« Que ce soit pour les décors ou les costumes, il y a une prise de conscience pour mutualiser les décors, les stocker, les partager avec une autre production, confirme Marine Kockmann. On en fait aussi la promotion. Le seconde main est devenu un réflexe plus en plus répandu. »
Il est également de plus en plus facile de trouver des entreprises qui offrent ces produits en location. Même chose pour tous les contenants qui sont tellement abondants dans les nombreux repas et collations durant un tournage. Soulignons ici que l’offre de ces contenants pour la nourriture pour tout type d’événement public s’est beaucoup enrichie au cours des dernières années.
D’ailleurs au chapitre des collations, la règle est simple : du local, peu ou pas de viande rouge, du végé et du végan autant que faire se peut, et bien sûr aucun contenant jetable.
L’énergie et les déchets
Toute cette industrie, répétons-le, est une grande consommatrice d’énergie électrique et autres. Quand on le peut, on se branche au réseau d’Hydro-Québec, ce que privilégie Véronique Vigneault, sinon les batteries et les génératrices sont reines. Malheureusement les génératrices électriques ne sont pas accessibles à tous les budgets. Espérons que ça viendra.
Il est évident que ces tournages écoresponsables se font un devoir d’une gestion exemplaire des déchets.
Véronique Vigneault insiste sur le fait « qu’il est de notre responsabilité de rendre cela facile. Un plateau de tournage, ça va vite. Les techniciens, les acteurs. Personne n’a le temps de se demander où est le bac à compost. »
Chez On tourne vert, on insiste sur le fait qu’il est de la responsabilité des producteurs pour que les pratiques écoresponsables soient bien respectées en cours de tournage.
Marine Kockmann : « idéalement ça prend une équipe ou du moins un responsable pour faire respecter ces consignes par tout le monde sur un plateau vert. »
Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’École supérieure en Art et technologie de médias du Cégep de Jonquière a intégré ces principes d’un tournage vert dans son programme de formation et cela depuis 2022.
« On s’est beaucoup inspiré du guide des productions écoresponsables du programme On Tourne vert pour cela, nous explique l’enseignante en ATM à Jonquière, Caroline Gagnon. On en parle dans nos cours, ils doivent comprendre ces pratiques, mais surtout concrètement dès qu’on tourne en dehors de nos studios ou du cégep, ils doivent les mettre en pratique. C’est facilement accepté et intégré par les étudiants, poursuit-elle. Il y a plein de pratiques qui ne font pas débat sur les lieux de tournage comme le covoiturage, le tri des déchets. C’est la base. Vous savez, je ne vois plus un seul étudiant avec une bouteille d’eau jetable. »
On peut penser que cet univers est loin du monde de l’entrepreneuriat, et pourtant. Combien de PME et de plus grosses entreprises ont besoin de matériel promotionnel audio et vidéo. Alors, voilà. Des producteurs peuvent aujourd’hui facilement réaliser des tournages écoresponsables. Silence, on tourne… vert !
***
Par Errol Duchaine, conseiller en communication, CQDD